osteopathe interview

 

Entretien du 15 juillet avec Dominique Blanc 

Au lendemain de la liste des écoles agréées délivrée par le ministère de la santé, Dominique BLANC, président de l’UFOF, a accepté de nous rencontrer.

Il nous livre son ressenti personnel, quelques coulisses des réunions de travail au ministère, et les perspectives d’avenir. 

ostéopathe Dominique blanc

Dominique BLANC, président de l’UFOF

 

Des écoles qui ferment, des perspectives qui s’ ouvrent…

Simon  PLINET : 

 Aujourd’hui, la profession se réjouit de la fermeture de nombreuses écoles ; est-ce que cela correspond totalement à vos attentes ? 

Dominique BLANC : 

« On passe de plus de 60 écoles à 23. C’est donc une vraie diminution. Toute la profession se plaignait du trop grand nombre d’écoles et du trop grand nombre de professionnels qui sortaient. Donc là, on a diminué le nombre d’écoles et donc à terme le nombre de professionnels de santé qui sortent des écoles.

Au début des travaux, les prévisions données par le Ministère étaient de l’ordre de 30 à 40 % d’écoles en moins et on arrive à presque 60 %. Forcément, on ne peut qu’être satisfait de cela même si cela génère un certain nombre de difficultés pour les établissements, pour les étudiants et pour les parents aussi bien sûr des écoles non agréées.

Cela va même plus loin que ce qu’espérait la profession.
La profession est reconnue malgré tout le lobbyng existant des professions de santé. Cette reconnaissance par le ministère de la santé omnipotent permet d’être une profession de première intention avec une formation Bac+5 sans être dans la Sécurité Sociale, sans avoir de limitation des honoraires et ayant une totale liberté de notre exercice.
SP. Des écoles disent qu’elles ont l’agrément jusqu’en 2016 et que cet agrément (qui vient de tomber) ne les concerne pas ?
D.B.
Cela est faux. Il est précisé que TOUS les agréments délivrés depuis 2007 même ceux qui sont délivrés en 2012 pour 4 ans sont annulés à partir du 31 août 2015. Un certain nombre d’écoles aurait demandé à ce que les gens s’engagent à payer la totalité de la formation.
Mais les gens paient pour être dans une école agréée. Il y a donc un vrai abus de confiance.
Les recours ont peu de chances d’aboutir dans la mesure où les critères ont été validés par le Conseil d’Etat  (décret en Conseil d’Etat). Cela garantit plus de difficultés pour celui qui s’attaque à la décision puisque le recours que les écoles vont déposer va se faire devant ce conseil d’Etat qui ne va pas se déjuger par rapport à ce qu’il a validé.
Chaque école a déposé un dossier bon ou mauvais, jugé selon 24 critères et tout un ensemble d’éléments (financement, qualité des enseignants, surfaces,  nombre de box,..  ) qui ont été croisés. Les refus ont été motivés et jugés sur pièces par la commission. Les écoles doivent maintenant jouer le jeu. L’agrément est donné non pas sur des éléments erronés mais sur des éléments objectifs.
S.P. Aujourd’hui, il s’agit d’une victoire. Mais n’y a-t-il pas le risque d’un coup d’épée dans l’eau avec l’émergence de nouveaux dépôts de dossiers et de nouvelles écoles ?
D.B.
Il va y avoir des recours, des nouvelles demandes d’agrément par des écoles qui ne l’ont pas eu. Mais le contexte économique va évoluer , l’aspect financier de l’établissement va évoluer. Vont-elles avoir l’agrément ? Rien n’est moins sûr, même si elles l’affirment.
Un autre aspect évident est le contexte économique, la surpopulation démographique de la profession depuis un certain nombre d’années. Parmi les ostéopathes qui sont inscrits dans des associations de gestion agréées, ce qui déjà ne représente pas l’ensemble des ostéos,  25 % réalisent moins de 8 000 euros de BNC/an,  50 % moins de 18 000 euros et 50 % des ostéopathes gagnent moins de 1 500 euros par mois.  Le revenu moyen est de 26 à 27 000 euros ( BNC) et est en constante diminution depuis 2010.
Les écoles qui vont déposer de nouveaux dossiers doivent faire venir des étudiants. Les écoles aujourd’hui ont accusé une véritable chute, une nouvelle école sera très difficile à ouvrir »
SP. A quand un véritable numerus clausus ? 
D.B :
Le numerus clausus ne s’applique qu’à une formation universitaire.
Pour autant, on diminue aujourd’hui le nombre d’écoles, on diminue la capacité des écoles à recevoir des étudiants.

C’est notre numerus clausus à nous, il faut bien en prendre conscience !

S P :
Qu’est ce qui va changer dans la formation en elle même des étudiants ostéopathes ?
D B :
« Cela va plus loin que ce que l’on espérait dans ce domaine. Au départ, on se basait sur une formation de 4 200 h / 4300 h fondée sur les recommandations de l’organisation mondiale de la santé.
La formation sera de 4860 h, ce qui est un niveau de formation nettement supérieurOn passe de 700 h de formation de pratique clinique à 1500 h.
Ainsi, les ostéopathes qui vont sortir des écoles vont avoir une meilleure pratique, auront vu plus de patients, d’où une meilleure sécurité pour ceux ci.
Auparavant, si  la formation de discipline fondamentale était correcte, la formation pratique avec de vraies consultations complètes et validées comme précisées par décret était souvent insuffisante.
Le nombre de consultations complètes et validées à 150 ce qui est un vrai plus ! 

A propos des kinés et médecins ostéopathes…

S P. Beaucoup d’écoles ferment leur branche formation à temps partiel. Qu’en dites vous ?
D B :
La formation initiale va véritablement prendre le pas sur le reste.

Les kinésithérapeutes n’ont pas compris ce qui se jouaient là, ils n’ont pas joué le jeu, ils en payent le résultat tant pis pour eux. Ils sont passés complètement à côté.

C’est aussi une question de rentabilité pour les écoles, il faut bien le dire (ndlr les formations à temps complet étant plus rentables pour l’école qu’une formation à temps partiel).

SP. Que pensez vous des médecins ostéopathes ?
DB.
Les médecins ostéopathes représentent environ 1500 praticiens soit moins de 7% des ostéopathes et ne constituent pas un véritable problème pour la profession d’ostéopathe. Auparavant, un médecin devait, pour obtenir un DU ou DIU, cumuler entre 150 et 400 h de formation. Désormais, ce nombre d’heures passe à plus de 800. La profession de médecin généraliste va passer d’ici 2025 de presque 55 000 à 25 000.
De plus, la population de généralistes va être divisée par 2.
Il y a, dans la profession d’ostéopathe, une originalité.
Ce qui fait la spécificité de l’ostéopathe, c’est un discours qui n’est pas le même, une technique qui n’est pas la même. Quand le médecin ostéopathe se contente de faire de la vertébrothérapie, du structurel sans faire de crânien ou du viscéral, les patients se rendent compte de la différence.
S P. Cette hétérogénéité de la profession, cela ne vous pose pas problème ?
D B.
« On paye le texte de 2007 où le titre était partagé. La profession se construit dans le temps.
Au départ, elle n’avait aucune lisibilité dans la société et, pourtant, existait. Puis sont apparues des règles imparfaites qui s’améliorent. Petit à petit, la profession est de plus en plus incluse dans la société. Il faut se battre pour qu’il y ait le plus de patients possibles qui aient accès à l’ostéopathie ; et surtout qui aient accès à un discours différent de ceux donnés par les kinésithérapeutes ou médecins dans les médias.
Un vrai travail de promotion de l’ostéopathie est fait, et sera encore à faire de la part des syndicats, des associations. « 
ostéopathie
S P. Vous même avez participé aux discussions au Ministère. Pouvez vous nous dire comment cela se passe t-il ?
D B.
J’ai participé à un groupe de travail au Ministère qui a duré 18 mois et il a fallu convaincre des centaines de personnes (élus, groupes de réflexion,…) pour en arriver là et permettre l’ouverture de ces travaux. Pour assoir la profession, nous avons organisé un maillage de la société, une participation grâce à la chambre des professions libérales dans différentes structures comme les prud’hommes, les CAF, et URSAFF,…
Certaines personnalités étaient traitées par des ostéopathes  mais ce n’est pas pour autant qu’elles allaient nous aider. Nous avons du faire un vrai travail de fourmi pour convaincre politiques et administratifs et c’est ce travail qui a permis la réunion du groupe de travail et de déterminer les bases de la réforme. Il a fallu se battre jusque dans les dernières heures pour faire aboutir le projet et le faire publier.

Aujourd’hui, et demain…

S P. Quel est l’impact de cet épisode dans la vie de tous les jours des ostéopathes diplômés  ?
D B.
Ils doivent en être très satisfait et continuer à cultiver l’excellence, investir, passer du temps avec le patient. Dans cette disposition là, il n’y a rien à craindre.
Aujourd’hui les ostéopathes ont beaucoup trop peur de la concurrence, et ce n’est pas sain. Mais ça ira de mieux en mieux.
S  P. Certaines structures telles que la nôtre, REFLEX OSTEO, s’attache justement à travailler ensemble avec une vraie synergie d’action au bénéfice des patients (7/7, domiciles, entreprises etc..) qu’en pensez-vous ?
D B.
Cela va dans le bon sens, oui. Aller partout dans la société. Il faut aller à son contact.
Nous sommes une profession de service. Nous sommes au service du patient. Le patient a besoin de quelque chose. Il faut répondre à son attente.
Le but de la réforme est d’être dans cette écoute là, vis à vis des patients mais aussi des ostéopathes entre eux.
S P. Quels sont les points à défendre aujourd’hui ?
D B.
Défendre ce qui a été donné par les nouveaux textes réglementaires.
L’avenir n’est pas dans une profession de santé mais avec le statut actuel.
L’ostéopathe peut rester hors du système de sécurité sociale.

Dès le point de départ en 2013, le Ministère a déclaré qu’on ne toucherait pas à certains points : les limitations d’acte pour les nourrissons, pour les cervicales, les interdictions d’acte pour les manoeuvres internes, etc… Ce qui ne veut pas dire qu’on n’ y reviendra pas dans les années futures.

Se développer au niveau européen pour créer une profession d’ostéopathe ce qui donnera une sécurité supplémentaire.
L’ostéopathie française est le leader mondial de l’ostéopathie avec une formation supérieure à celles des Suisses, des Anglais, des Belges,…
C’est un modèle qui respecte le patient, qui est dans son écoute, dans le développement de la main.
Qu’il puisse rayonner au niveau de l’Europe et au delà dans les autres pays.
S.P. Comment expliquez vous une telle progression de notre profession ?
D.B.
Les obstacles ont été levés les uns après les autres. Nous avons bénéficié de conjonctures favorables, une ferveur populaire incroyable notamment.
Les Ostéopathes de France sont nés en 1987 et ont 27 ans d’existence. 27 ans pour modifier la société, c’est exceptionnel !
Maintenant, nous avons dans nos mains, la possibilité de créer une vraie profession et c’est aux ostéopathes de le faire.
SP. Merci beaucoup, à bon entendeurs donc ! 
Author Info
Simon Plinet

Simon Plinet

Ostéopathe D.O. à Lyon et membre fondateur de la structure nationale de permanence ostéopathique REFLEX OSTEO, je vous propose d’échanger autour de l’ostéopathie. Patients, ostéopathes, ou simples curieux, soyez les bienvenus à cet échange !

Commentaires ( 2 )

  • Francois

    Je suis simple patient, pas ostéopathe, et je trouve pour ma part que l’ostéopathie avait en effet bien besoin de ce grand coup de pied dans le derrière pour cadrer un peu mieux les formations, car on trouvait vraiment de tout !!

  • PH DENIS

    A voir si les écoles qui ont pas reçu l’agrément vont pouvoir ou pas quand même le récupérer… j’espère vraiment pas ….. Sinon ce serait un coup d’épée dans l’eau.

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