Les environnements pollués poussent à adopter une alimentation détoxifiante pour luttre contre les excès de toxines dans l'organisme

Une approche philosophique, épistémologique et sociologique de l’ostéopathie, pour appréhender l’ensemble de la discipline sous un autre angle.

 

Parmi les grandes modes actuelles relatives aux théories alimentaires, l’une d’entre elles affirme que certains aliments auraient un pouvoir détoxifiant, et que la détoxication serait nécessaire au maintien de notre état de santé et à la prévention de certaines maladies. L’une des solutions naturelles efficaces est l’adoption d’une alimentation détoxifiante.

Les alicaments (néologisme né de la contraction de aliment et médicament) sont de plus en plus en vogue, soit dans le cadre d’une alimentation anti-inflammatoire, soit pour leurs bienfaits au quotidien. Nous proposons dans cet article de faire le point sur le principe de détoxication et sur les fondements et la valeur de la théorie de l’alimentation détoxifiante.

 

Le corps et les toxines

Qu’est-ce qu’une toxine ?

La notion de toxine est un terme général désignant toute substance superflue dont l’organisme n’a pas besoin et pouvant devenir néfaste. La présence de toxines dans notre organisme est un phénomène naturel normal et inévitable. Les toxines sont soit endogènes, c’est-à-dire issues du métabolisme organique, soit exogènes, c’est-à-dire externes à l’organisme et le pénétrant, par le système digestif, par la peau ou les voies respiratoires.

Les toxines exogènes regroupent les produits des bactéries et des virus, ainsi que les champignons, les parasites, les particules de pollution et toute autre forme de poison comme les métaux lourds. Tous ces éléments étrangers au corps et à son métabolisme, potentiellement dangereux, sont appelés des xénobiotiques.

Les toxines endogènes sont les déchets issus du fonctionnement normal de nos organes (déchets cellulaires, musculaires, etc.). Ils sont très nombreux et leur accumulation peut dans de rares cas devenir un problème pour le fonctionnement normal de notre organisme.

Évidemment, l’entrée dans l’organisme de toxines exogènes va activer les systèmes de défense, dont le métabolisme des xénobiotiques est une phase, et va par là produire des toxines endogènes. Aussi, la complexité de la relation entre organisme et toxines est liée à la complexité de l’écosystème dans lequel cet organisme évolue et avec lequel il interagit en permanence.

Pour lutter contre ces toxines, notre organisme est naturellement paré de systèmes de défense très efficaces.

 

Les organes et substances de lutte contre les toxines

Notre corps a mis en place deux sources de filtration, de tri, de destruction et d’évacuation des toxines et déchets pénétrant l’organisme. La première source est relative aux organes dont la fonction élémentaire est de protéger l’intégrité organique en combattant et repoussant toute substance néfaste. La seconde est un système sophistiqué d’agents spécialisés dans la détection et la lutte contre les substances pathogènes.

Certains de nos organes sont des spécialistes de la détoxication. C’est le cas de l’appareil urinaire : comportant les reins, les uretères (conduits musculo-membraneux permettant le transport des déchets du rein vers la vessie) et la vessie. Mais, c’est aussi un des rôles joués par le foie, les poumons et la peau.

En effet, les reins sont une grande station d’épuration et de recyclage du sang qui arrive avec tous les éléments dont le corps n’a pas besoin, soit parce qu’ils sont en excès dans l’organisme (eau, sucre, etc.), soit parce qu’ils sont dangereux. Ils filtrent presque un litre de sang par minute. Tous les déchets et toxines sont alors triés et dirigés vers la vessie via l’urine. La vessie, dont la capacité maximale peut atteindre deux à trois litres, va rejeter en dehors du corps tous les éléments superflus et indésirables.

Le foie, quant à lui, va dégrader, grâce à des enzymes spécifiques, certaines substances potentiellement toxiques contenues dans le sang digestif qui transite par là avant d’être épuré par les reins. Le foie va alors envoyer les substances hydrosolubles vers les reins qui vont les éliminer via l’urine, et les substances liposolubles vers la bile qui transportera le tout vers les intestins qui les élimineront via les selles. Il dégrade notamment l’ammoniaque, produit naturellement par le colon en activité, en urée qui est ensuite déversée dans les urines.

D’autres organes encore participent de cette lutte : c’est le cas des poumons et de la peau qui font barrière aux substances exogènes. La sudation est notamment un phénomène non négligeable dans le rejet des toxines et c’est aussi pourquoi l’activité physique est bénéfique à notre état de santé, puisque le sport fait suer.

Il existe, par ailleurs, des agents spécialisés dans la lutte contre les toxines constituant une véritable police du corps. C’est le cas des lymphocytes qui sont des plus importants et circulent dans la lymphe, les leucocytes sentinelles très mobiles dont les macrophages capables de phagocytose (ingestion et destruction d’éléments étrangers), les anticorps et bien d’autres encore. Tout ce petit monde, qui constitue la base de notre système immunitaire, travaille à débarrasser l’organisme de ses impuretés (cellules mortes, virus, bactéries, poisons, déchets divers).

Aussi, on constate qu’un organisme vivant est naturellement doté de tout ce dont il a besoin pour se défendre des impuretés et agressions internes comme externes. De là, il peut paraître superflu et infondé de chercher à détoxifier son organisme par des mécanismes externes.

Cependant, il arrive parfois qu’en raison de maladies ou de causes environnementales agressives pour le corps (comportements alimentaires, pollutions diverses), notre organisme peine à se défendre et à éliminer tous les éléments dont il n’a pas besoin ou qui présentent un danger potentiel.

C’est sur cette idée d’obstruction et de ralentissement des mécanismes naturels de détoxication que se fonde la théorie de l’alimentation détoxifiante.

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Valeur et intérêt de l’alimentation détoxifiante

Il est difficilement contestable aujourd’hui que notre alimentation, que ce soit du point de vue qualitatif ou quantitatif, a un rôle à jouer dans le maintien et la qualité de notre état de santé.

Il s’agit ici de considérer l’importance de la diversité des apports alimentaires au quotidien afin de pourvoir aux besoins respectifs de chacun de nos organes et cellules.

Mais, selon la théorie de la détoxication alimentaire, certains aliments à l’action dépurative pourraient aider notre foie et nos reins à mieux fonctionner et renforcer notre système immunitaire en participant à la détoxication.

Or, par principe, un individu ne présentant pas de déficiences immunitaires ou de maladies rénales ou hépatiques et observant un comportement environnemental fonctionnel pour le maintien de son état de santé (alimentation équilibrée et bio de préférence, activités sportives, hydratation suffisante, etc.) est capable de réguler ses toxines sans avoir besoin d’un régime alimentaire spécial. Pour cet individu-là, la détoxication présente un intérêt uniquement en cas d’excès alimentaires avec difficultés digestives et encombrement du foie.

Cependant, indépendamment des maladies spécifiques type hépatites qui nécessitent une prise en charge allopathique, notre hygiène de vie moderne peut impacter sur notre santé. Alimentation trop riche et excessive au regard des dépenses effectives, sédentarisation, prise d’excitants et d’opiacés en tout genre, pollutions : la vie moderne augmente le risque de toxines et de déchets devenant parfois plus difficile à gérer pour l’organisme.

La théorie de la détoxication alimentaire préconise de consommer certains aliments soit en cure d’une durée plus ou moins importante, soit d’introduire ces aliments dans notre alimentation lorsque ce n’est pas le cas et de bénéficier de leurs effets sur le long terme. Dans le second cas, il s’agit plus d’une idée de renforcement des mécanismes naturels de détoxication, alors que dans le premier il y a une prétention de soin à part entière. Ces deux approches sont distinctes et n’ont pas les mêmes implications. En effet, si l’introduction de nouveaux aliments dépuratifs dans l’alimentation quotidienne ne présente généralement aucun risque, ce n’est pas le cas des cures.

Le principe de la cure présuppose l’introduction dans son régime alimentaire normal d’un aliment ou d’un groupe restreint d’aliments, ayant soi-disant une action dépurative forte, et leur consommation unique sur un plus ou moins long terme. En principe, une cure sous forme de mono diète ne doit pas dépasser trois jours, mais certains n’hésitent pas à préconiser une semaine voire quinze jours de diète. Pour la cure de raisin par exemple, il s’agit de ne consommer à chaque repas que ou quasiment que du raisin.

Or, l’intérêt médical des cures n’est pas strictement démontré et celles-ci peuvent même se montrer dangereuses pour la santé lorsque la cure prend la forme d’une monodiète et que l’aliment dépuratif est la seule source alimentaire quotidienne. C’est le cas de la cure de raisin qui ne présente pas de risque particulier sur trois jours, mais qui peut en présenter au-delà comme nous allons le voir.

 

Les aliments détoxifiants

L'alimentation détoxifiante va aider l'organisme à éliminer ce dont il n'a pas besoin

Nous allons ici présenter quatre aliments qui sont très souvent cités pour leur intérêt dépuratif, aidant les agents et systèmes organiques à lutter contre les toxines, et qui peuvent être introduits dans une alimentation détoxifiante quotidienne :

  • L’ail : le principe actif de l’ail est une substance soufrée appelée alliine. L’alliine est connue pour être un antiparasite puissant. Par ailleurs, l’alliine aurait aussi la capacité d’augmenter l’activité de phagocytose des phagocytes. Elle jouerait donc un rôle intéressant pour accompagner nos mécanismes immunitaires naturels. Cependant, l’effet de l’alliine apparaîtrait à hauteur de 900 mg d’ail frais par jour et sur le long terme. Par ailleurs, l’ail est un hypotenseur et un anticoagulant, il ne doit donc pas être consommé en excès par des profils à risque et/ou prenant des traitements contradictoires.
  • Le citron : cet agrume commun, riche en vitamine C et en flavonoïdes ayant une action antiseptique, serait un allié de choix dans la détoxication organique. Or, comme tout agrume, le citron est acide (PH 2,4 à 2,6, l’acide gastrique étant à 2) et s’il peut devenir alcalin, ce n’est qu’après assimilation au cours de laquelle l’acide citrique sera transformé en carbonate et bicarbonate. Aussi, avant assimilation, il peut s’avérer très agressif pour les muqueuses buccales, œsophagiennes et stomacales, tout en favorisant la prolifération des bactéries qui aiment les milieux acides. Par ailleurs, les personnes souffrant d’acidose (pH sanguin inférieur à 7.40) doivent éviter les agrumes.
  • Le radis noir : le radis noir est classiquement mentionné pour ses effets bénéfiques sur le foie. Composé d’éléments soufrés comme les hétérosides (ou glucosides) qui servent naturellement à la plante pour se défendre contre les parasites, le radis noir viendrait donc renforcer notre système immunitaire en aidant à lutter contre les xénobiotiques. Il contient aussi de la raphanine une substance antibactérienne que l’on retrouve dans le brocoli. Cependant, en excès, les hétérosides ne conviennent pas à tout le monde et peuvent provoquer des irritations digestives.
  • Le raisin : nous avons tous entendu parler des monodiètes de raisin qui seraient capables à elles seules de nettoyer notre organisme de l’accumulation des toxines. Si le raisin est un fruit très intéressant de par sa teneur en vitamines, en sels minéraux, et en flavonoïdes, une monodiète trop prolongée n’est pas sans conséquence. Elle peut notamment avoir sur le long terme des effets laxatifs indésirables, et sa teneur élevée en fructose n’est pas forcément cohérente avec l’idée de détoxication si la cure dépasse les trois jours.

Il faut néanmoins considérer que la liste des aliments pouvant accompagner l’action de notre système immunitaire, de nos reins et de notre foie est extrêmement longue. Cela nous amène à considérer que la meilleure façon de limiter les toxines et de renforcer la détoxication organique est peut-être tout simplement d’avoir une alimentation équilibrée en privilégiant certains aliments, sans pour autant se priver et se laisser aller à la peur des toxines qui sont, et resteront inhérentes à la réalité biologique.

 

Author Info
Isabelle Gallois

Isabelle Gallois

Spécialisée en philosophie de la médecine, je propose un contenu en éthique médicale, en épistémologie, ainsi qu'une approche sociologique des problématiques de santé et de la diversité des conceptions du normal et du pathologique. Je suis particulièrement intéressée par l'émergence de nouvelles médecines et par la question de la complémentarité disciplinaire.

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