Ostéopathie et kinésithérapie sont deux thérapies manuelles qui accompagnent les patients dans les soins de leur corps

La distinction entre l’ostéopathie, l’étiopathie et la chiropractie n’est pas du tout évidente. En effet, ces trois thérapies manuelles ont beaucoup de points communs et sont souvent confondues.

Nous proposons de faire le point sur les spécificités de chacune d’entre elles et de voir en quoi elles peuvent être complémentaires dans la prise en charge du patient.

 

Des fondements différents

L’ostéopathie et la chiropractie sont des thérapies manuelles reconnues en France par la loi du 4 mars 2002. Celle-ci prévoit l’agrément des établissements habilités à délivrer la formation d’ostéopathe ou de chiropracteur, ainsi que des décrets déterminant les actes que chacun de ces praticiens est autorisé à réaliser sur un patient. En revanche, l’étiopathie est toujours en attente de reconnaissance. Chacune de ces thérapies manuelles possèdent leurs propres principes et techniques spécifiques.

L’ostéopathie est une thérapie manuelle essentiellement tournée vers la notion de prévention. C’est pourquoi son approche de la réalité pathologique est globale. L’ostéopathe se voit bien souvent comme un accompagnateur des mécanismes inhérents à l’organisme d’autorégulation et d’autocorrection. Venant s’appuyer sur la souplesse des systèmes constituant le corps et sur leurs interactions naturelles, l’ostéopathe aide à dynamiser un mouvement perpétuel du corps et de ses éléments vers un équilibre sanitaire général. Il investit pour se faire la totalité des systèmes du corps humain.

Le chiropracteur, quant à lui, est un spécialiste des articulations. Sa pratique est ciblée et vise à redonner au corps toute sa capacité motrice. Il traite autant qu’il prévient les troubles articulaires à venir. Son fondement de base est le principe de subluxation. Cette notion renvoie aux altérations du système neuro-musculo-squelettique. En effet, la particularité de la chiropractie est de considérer la relation linéaire entre un trouble articulaire, surtout au niveau vertébral, créant une altération du flux nerveux, menant lui même au développement de certaines pathologies ciblées sur les organes correspondant au flux interrompu. Cette conception est très spécifique à la chiropractie.

Enfin, l’étiopathie, comme son origine étymologique l’indique, a pour particularité d’être tournée vers la notion de cause (« etios » en grec). L’étiopathe recherche en effet avant toute intervention manuelle à remonter aux causes du trouble pathologique. Comme le chiropracteur, ce praticien a aussi une approche ciblée au sens où il n’intervient que sur la partie qu’il pense être à l’origine du problème. En ce sens, et contrairement à l’ostéopathe, l’étiopathe fait peu de prévention active.

 

Des pratiques et techniques spécifiques

Ostéopathie et kinésithérapie sont différentes et pourtant si proches...

Si ces trois thérapies manuelles utilisent la main comme outil thérapeutique, elles n’agissent pas sur les mêmes organes et fonctions, et n’utilisent pas les mêmes techniques manuelles.

La chiropractie est une discipline centrée sur la région vertébrale. Le chiropracteur intervient donc essentiellement au niveau des cervicales, de la région dorsale et des lombaires. Le praticien va chercher à rétablir l’alignement et l’équilibre vertébral de façon à soulager les tensions et les douleurs et, au regard du principe de subluxation, de façon à rétablir le flux nerveux altéré par les tassements et déplacements des vertèbres.

Contrairement à l’ostéopathe, le chiropracteur utilise des techniques douces de palpation et de pression progressive exercée sur les vertèbres et articulations. Il ne fait jamais  »craquer » en manipulation et son intervention est ciblée sur le segment articulaire pathologique. Cela n’est pas contradictoire avec sa conception globale du corps et de l’état de santé. En effet, le chiropracteur, comme l’ostéopathe, considère cette globalité en tant que réalité biologique et organique, mais, contrairement à lui, en pratique il n’intervient que sur la zone qui selon lui a engendré un dysfonctionnement général.

L’ostéopathe, en revanche, travaille autant sur la cause que sur les symptômes. C’est pourquoi pour un même problème il peut agir sur différents systèmes. Il va d’abord intervenir sur la zone qu’il considère à l’origine de la réduction de mobilité, puis sur des zones douloureuses ou ayant subi des déplacements secondaires causés par les altérations de la première zone.

Ses techniques sont très variées et dépendent des zones d’intervention. Au moins deux d’entre elles sont spécifiques à l’ostéopathie : les techniques structurelles et les techniques crâniennes. Les techniques structurelles renvoient à la mobilisation de la structure osseuse pour la forcer à se repositionner correctement. C’est dans ce cas de figure que l’on entend parfois des  »craquements ». Cependant, l’ostéopathe ne force jamais au-delà des capacités physiologiques spécifiques du patient et travaille souvent avec la participation active de ce dernier en lui indiquant quand inspirer et expirer au cours de la manipulation.

Les techniques crâniennes sont basées sur l’idée qu’il existe un mouvement involontaire et rythmé intracrânien, c’est ce qu’on appelle le MRP (mécanisme respiratoire primaire). Il s’agit d’une sorte de  »respiration » intracrânienne totalement dissociée et indépendante de la respiration pulmonaire. L’ostéopathe va alors déceler par palpation des anomalies du MRP relative à son rythme, son amplitude et sa force, puis va tenter de le rétablir de façon très douce, puisque contrairement aux techniques structurelles il n’est pas question de  »craquements  » ici. Cette dimension de l’ostéopathie la distingue de toutes les autres thérapies manuelles.

L’étiopathe lui ne va pas agir directement sur la zone douloureuse ou bloquée. En effet, le praticien va remonter de la zone douloureuse à la zone d’origine du trouble en investiguant les relations mécaniques, neurologiques et vasculaires entre les différents organes et systèmes. Son approche théorique du pathologique est donc systémique et aussi large que celle de l’ostéopathe. Il s’agit ici d’un cheminement, d’un raisonnement devant permettre de mieux comprendre et interpréter le phénomène pathologique, en considérant les interactions entre les différents organes et systèmes du corps humain. L’approche de l’étiopathe est essentiellement mécaniste du point de vue de la causalité, ce qui le distingue de l’ostéopathe et du chiropracteur qui embrassent une dimension physiologique, et tissulaire pour l’ostéopathie.

L’étiopathe va agir localement une fois la cause du trouble identifiée et tenter, le plus souvent, par palpations douces de rétablir un équilibre.

 

Points communs et complémentarité disciplinaire des thérapies manuelles

La similitude majeure entre l’ostéopathie, la chiropractie et l’étiopathie est leur conception holiste du corps. Même si le chiropracteur et l’étiopathe n’agissent pas aussi largement que l’ostéopathe, ils considèrent tout de même les interactions entre différents systèmes (nerveux, articulaire, musculaire et circulatoire) et agissent de façon à les harmoniser de nouveau.

Ces pratiques manuelles ne s’opposent donc pas dans leur conception du pathologique et dans les mécanismes de maintien et de rétablissement de l’état de santé. Elles considèrent d’ailleurs toutes la capacité inhérente à l’organisme vivant d’autoguérison, et les praticiens interviennent de façon cohérente face aux spécificités de chaque patient en essayant d’harmoniser et d’augmenter l’aspiration naturelle de l’organisme vers un équilibre vital.

Étant toutes des thérapies manuelles, elles ont recours à la palpation et aux manipulations du corps du patient comme prise en charge thérapeutique. La main est leur unique outil de travail puisqu’elles ne prescrivent pas de médicaments et n’emploient pas d’instruments médicaux.

Sur le plan technique, il existe des similitudes entre ostéopathie et étiopathie puisque les deux disciplines oscillent entre palpations douces et manipulations musculo-squelettiques et articulaires plus conséquentes, pouvant entraîner dans les deux cas des  »craquements » sonores.

Aussi, pour un même trouble, il ne sera pas nécessairement contradictoire de consulter l’un de ces praticiens puis un second en complémentarité. Effectivement, un patient peut par exemple présenter un problème au niveau cervical et consulter logiquement un chiropracteur qui va redonner une mobilité à la structure vertébrale. Mais, si la gène est ancienne ou bien liée à un traumatisme important, d’autres douleurs ou tensions peuvent demeurer et apparaître après l’intervention du chiropracteur. Dans ce cas il est possible de se tourner vers l’ostéopathie pour une prise en charge des symptômes et déplacements secondaires ou vers l’étiopathie pour une réévaluation des causes des troubles restants.

Le développement des médecines complémentaires et particulièrement des thérapies manuelles permet peut-être d’ouvrir un horizon médical plus large, et sûrement plus pertinent, dans l’optique d’une optimisation de la prise en charge des patients.

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Author Info
Isabelle Gallois

Isabelle Gallois

Spécialisée en philosophie de la médecine, je propose un contenu en éthique médicale, en épistémologie, ainsi qu'une approche sociologique des problématiques de santé et de la diversité des conceptions du normal et du pathologique. Je suis particulièrement intéressée par l'émergence de nouvelles médecines et par la question de la complémentarité disciplinaire.

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