Ostéopathie et kinésithérapie sont deux thérapies manuelles qui accompagnent les patients dans les soins de leur corps

Une approche philosophique, épistémologique et sociologique de l’ostéopathie, pour appréhender l’ensemble de la discipline sous un autre angle.

Les différences et la complémentarité entre l’ostéopathie et la kinésithérapie

Les thérapies manuelles sont nombreuses et leur diversité est parfois un obstacle pour le patient, qui ne sait pas toujours quand consulter tel ou tel praticien et quelles sont les spécificités de sa discipline par rapport aux autres. Dans ce premier volet, nous proposons d’exposer les différences entre ostéopathie et kinésithérapie, leurs ressemblances et leur complémentarité.

 

Ostéopathie et kinésithérapie : différences théoriques et pratiques

Ostéopathie et kinésithérapie sont différentes et pourtant si proches...

Des fondements différents

L’histoire respective des deux thérapies manuelles est différente. Comme nous avons pu le mentionner dans un précédent article, la kinésithérapie fut très vite acceptée et reconnue par le médecine occidentale en vigueur (dès 1946). L’ostéopathie quant à elle, fut obligée de se battre pour une reconnaissance tardive, en date du 4 mars 2002.

L’acceptation rapide de la kinésithérapie est liée au fait que ses bases ne sont pas trop divergentes ni même contradictoires avec le savoir et la pratique allopathique. En effet, le kinésithérapeute intervient avant tout sur un traumatisme effectif, au regard d’une conception fragmentée du corps. A l’origine, la kinésithérapie était une pratique de rééducation, après l’émergence d’un trouble souvent lié à un traumatisme important, à partir de techniques de massages et du recours à des exercices de gymnastique. Le kinésithérapeute accompagne le patient dans la réappropriation progressive du mouvement tout en essayant de soulager les douleurs physiques liées au traumatisme et à la cicatrisation tissulaire. La pratique intervient donc a posteriori du trouble pathologique. Aussi, dans les fondements de la kinésithérapie, c’est la notion de rééducation qui apparaît d’abord centrale.

L’ostéopathie, en revanche, s’est fondée sur une approche holiste du corps. Partant de l’idée que le corps est fait pour être en mouvement en quasi permanence, l’ostéopathie considère que la thérapie manuelle a pour fonction de prévenir des troubles pathologiques liés aux mouvements quotidiens. Elle intervient donc très souvent en amont de l’émergence d’un trouble lourd. C’est donc la notion de prévention qui apparaît fondamentale pour cette discipline. En travaillant sur des déplacements progressifs engendrant peu voire pas de restriction de mobilité, l’ostéopathe peut prévenir des réductions majeures à venir.

 

Des pratiques différentes

Sur le plan pratique, le kinésithérapeute intervient localement sur un membre et sa fonction, de façon à rééduquer le mouvement par le biais de techniques fixes relatives à des exercices de gymnastique douce et de massages, et uniquement sur les zones touchées par le traumatisme. Il conçoit en effet le corps comme un assemblage de segments pris séparément les uns des autres dans leur réalité pathologique. Cette approche va permettre de redonner mobilité et souplesse aux muscles et articulations lésés dans un cadre traumatique spécifique. Le praticien va donc beaucoup solliciter la zone endommagée pendant la séance, et parfois pendant plusieurs séances, afin de rétablir au maximum la fonctionnalité du mouvement. L’inconvénient de cette conception est de ne pas tenir compte des interactions entre les différentes structures participant de la mobilité globale.

L’ostéopathe, quant à lui, s’il peut intervenir sur une zone lésée, va avoir une approche plus globale et plus intuitive du problème. Il peut très bien, par exemple, intervenir sur le plan crânien pour un problème de déplacements ou de traumatismes au niveau du bassin. Son intervention ne sera pas uniquement, et même rarement, que locale. Il va considérer les conséquences générales, sur la totalité de la structure musculo-squelettique, de tel ou tel traumatisme ou déplacement, en se basant sur l’idée que le mouvement est par nature global, impliquant l’ossature, mais aussi les tissus et les fluides. L’intérêt de cette approche est de tenir comptes des interactions des différentes structures composant le corps humain, considéré comme un tout dont les parties sont interdépendantes. Cependant, son inconvénient majeur est d’intervenir sur des zones ne nécessitant pas en elles-même une manipulation, au risque de les affaiblir ou d’accentuer des micro déplacements non perceptibles.

 

Les points communs entre les deux thérapies

Néanmoins, il serait réducteur de considérer que l’ostéopathie ne fait que prévenir et que la kinésithérapie ne fait que traiter. En effet, en raison de leur évolution historique, ces deux pratiques ont été amenées à se diversifier. Aussi, aujourd’hui l’ostéopathe traite a posteriori autant que le kinésithérapeute, bien que différemment, et le kinésithérapeute prévient les troubles à venir autant que l’ostéopathe. Ces disciplines rencontrent, par ailleurs, des problématiques communes et proposent des réponses parfois similaires.

 

Le mouvement : fonction élémentaire du corps humain au centre de l’intervention médicale

L’ostéopathie comme la kinésithérapie considèrent toutes deux que la capacité globale de l’organisme à se mouvoir sans entrave est le signe premier d’un bon état de santé. Aussi, que ce soit en prévenant l’apparition des restrictions de mobilité ou en les traitant, ces deux approches thérapeutiques se rejoignent quant à l’objectif médical qu’elles embrassent.

La palpation est alors l’outil privilégié du diagnostic et du traitement, dans le but d’accompagner le corps dans sa dynamique naturelle d’équilibre structures/fonctions. En ce sens, l’ostéopathie et la kinésithérapie sont des thérapies en accord et non pas en contradiction. Par ailleurs, les deux considèrent leur intervention comme un accompagnement de la capacité propre de l’organisme à se redresser, à se rééquilibrer, même si l’approche de l’ostéopathe est marquée par une idée d’unité sanitaire autonome, là où le kinésithérapeute intervient de façon ponctuelle et ciblée, en considérant le corps comme un assemblage de segments ayant chacun leur mobilité propre, plutôt que comme un tout.

 

La prise en charge de la douleur

De plus, ces deux disciplines se rejoignent sur une dimension fondamentale de la prise en charge thérapeutique. Effectivement, ostéopathes et kinésithérapeutes sont confrontés quotidiennement dans leur pratique à la question de la gestion et de la réduction des douleurs physiques des patients. Étant toutes deux des thérapies manuelles, et face à la spécificité de chaque patient et de leurs antécédents, ces disciplines vont devoir adapter et affiner la palpation, que la prise en charge soit ciblée ou globale.

La douleur physique éprouvée par le patient pose en effet une limite commune, à toutes thérapies manuelle, vis à vis du savoir et de la technique originels. Les questionnements soulevés dans la pratique par les particularismes de chaque vivant, forcent les praticiens à demeurer ouverts et alertes quant à la légitimité et à l’efficacité de leur intervention, maintenant le dynamisme de leur discipline. Ce dynamisme va mener parfois les deux pratiques à se rapprocher un peu plus face à des besoins thérapeutiques similaires. Et de ce rapprochement émerge un possibilité de complémentarité disciplinaire.

 

Un partenariat pour une prise en charge complète du patient

Ostéopathie et kinésithérapie sont des pratiques complémentaires

Dans le cadre d’une optimisation de la prise en charge du patient, les antagonismes formels de la kinésithérapie et de l’ostéopathie peuvent s’atténuer voire se compenser. La kinésithérapie, très axée sur les fiches techniques et le savoir fondateur de la discipline, peut voir son action complétée et optimisée par l’ostéopathie, plus intuitive et replaçant le phénomène pathologique dans une conception homéostatique.

Il n’est donc pas contradictoire de consulter pour un même trouble, une même pathologie, deux praticiens différents. Le kinésithérapeute va s’attacher à la mobilité de la structure osseuse lourde, sans forcément tenir compte des tissus et des fluides. Son action va donc permettre d’agir sur le gros de la réduction de mouvement mais ne va pas nécessairement redonner une souplesse générale au corps. Et c’est ici que l’intervention complémentaire de l’ostéopathe peut venir augmenter cette action en redonnant une souplesse à l’ensemble des structures sollicitées par le mouvement, en comprenant la mobilité des tissus et des fluides.

Les différences de niveau de lecture du corps et de sa mobilité peuvent permettre, dans le cadre d’un partenariat, de proposer une réponse thérapeutique plus adaptée au trouble du patient, puisque plus complète. On peut donc très bien, en tant que patient en recherche d’une prise en charge optimale, se tourner vers un kinésithérapeute pour une réponse relative à l’anatomie lourde, et vers un ostéopathe pour une considération plus physiologique du problème. L’idée étant de considérer que la fonction organique peut être améliorée par une action sur les structures osseuses et leur mobilité, mais qu’il ne peut véritablement y avoir de bonne et durable mobilité osseuse sans fonction organique optimale.

Author Info
Isabelle Gallois

Isabelle Gallois

Spécialisée en philosophie de la médecine, je propose un contenu en éthique médicale, en épistémologie, ainsi qu’une approche sociologique des problématiques de santé et de la diversité des conceptions du normal et du pathologique. Je suis particulièrement intéressée par l’émergence de nouvelles médecines et par la question de la complémentarité disciplinaire.

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