Les soins palliatifs comprennent aussi les thérapies manuelles comme l'ostéopathie pour soulager les patients

Une approche philosophique, épistémologique et sociologique de l’ostéopathie, pour appréhender l’ensemble de la discipline sous un autre angle.

 

Les soins palliatifs sont une unité spécialisée dans la prise en charge des personnes en fin de vie. La particularité des profils, la diversité des pathologies et symptômes à traiter, rendent la pratique médicale complexe et nécessitent d’emblée une pluridisciplinarité dans laquelle l’ostéopathie a sa place.

Nous allons voir de quoi relèvent les soins palliatifs, et en quoi et sur quels plans l’ostéopathie peut apporter un bénéfice au patient en fin de vie.

 

Qu’est-ce que les soins palliatifs?

Quand on parle de soins palliatifs, bien souvent, beaucoup pensent à l’imminence de la mort. Et pour cause, dans l’imaginaire collectif, les soins palliatifs sont associés à l’idée de mouroir, accueillant des personnes sur le point de mourir et dont il faut gérer techniquement les dernières heures.

Mais, la réalité de ces unités médicales est bien différente. En effet, si pour tout patient entrant en unité de soins, le dénouement sera nécessairement la mort, le terme n’est pas toujours connu à l’avance. Aussi, certains vont rester longtemps en soins palliatifs et vont donc continuer à mener une vie, qui ne sera plus nécessairement la leur, étant contraint par un cadre non familier et médicalisé, mais une vie tout de même.

Et c’est ici que la particularité de cette dimension médicale émerge. Cette unité va tout faire pour s’adapter au patient en le considérant comme personne vivante, et non comme entité en phase de mort. C’est pourquoi la définition des soins palliatifs, telle qu’elle émane des lois Kouchner de 1999 et Léonetti de 2005, est générale et manifeste la complexité de la prise en charge des personnes en fin de vie. Il s’agit, en effet, d’une unité d’accompagnement de patients atteints d’une maladie grave évolutive ou terminale, dont les soins visent à diminuer au maximum les douleurs physiques,

« en prenant en compte la souffrance psychologique, sociale et spirituelle » (éléments de définition de la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs).

Ici, la première difficulté de la pratique médicale est de devoir prendre en charge une personne à qui l’on vient d’annoncer que sa mort prochaine est inévitable, en raison de son âge très avancé ou d’une maladie incurable. Dès lors, la première réalité à laquelle le praticien est confronté est la souffrance psychique liée à l’annonce de la nouvelle.

Les soins palliatifs ont donc pour particularité de ne pas pouvoir nier la subjectivité du patient puisque la souffrance de la personne est le premier fait à prendre en charge. Aussi, tout au long de la pratique de soins, la personne dans sa dimension humaine sera toujours placée au centre de la relation médecin/patient et au centre des décisions médicales à prendre.

Par ailleurs, la deuxième difficulté thérapeutique, au sein de ces unités, est la diversité des profils pathologiques et des symptômes à gérer au quotidien.

 

La prise en charge difficile du patient en fin de vie

Les soins palliatifs rencontrent une diversité de profils très importante. Confrontée à différents âges et différentes pathologies, l’unité est amenée à personnaliser ses soins et à les repenser en permanence de façon à proposer un confort de vie maximal au patient. Les profils pathologiques rencontrés peuvent se diviser en deux groupes : les états et symptômes relatifs à une maladie grave et évolutive qui nécessitent une prise en charge continue, le terme de la mort pouvant être éloigné, et les personnes en phase terminale dont la mort est imminente.

Dans les deux cas, les praticiens vont rencontrer des pathologies menant à une perte d’autonomie du patient parfois totale et qui nécessitera un alitement, des douleurs physiques plus ou moins importantes, pour lesquelles les traitements en cours n’agissent pas ou plus, ainsi que des gènes, des diminutions douloureuses, des peurs, des angoisses. La douleur, la question du confort (respiratoire, digestif, articulaire…) et l’état psychologique du patient sont les sphères principales sur lesquelles les médecins sont amenés à travailler, quel que soit le profil de la personne en fin de vie, quel que soit son âge et quel que soit son rapport à la mort.

Cancers, pathologies immunodéficientes, troubles neurologiques dégénératifs, maladies progressives diminuant les capacités globale de la personne……Le défi dans l’unité de soins palliatifs est de proposer une approche globale des troubles du patient, la finalité de l’acte médical n’étant plus la guérison mais la maximisation des mécanismes de vie encore intacts, tout en individualisant les discours et les méthodes.

C’est cette idée de maximiser ce qui reste d’apparenté au vivant et à ces mécanismes, qui permet de concevoir la nécessité de la prise en charge pluridisciplinaire dans ces unités de soins.

En effet, de la complémentarité des disciplines allopathiques à la complémentarité thérapeutique générale, les soins palliatifs offrent au patient, avec son accord, une large possibilité de prise en charge de la douleur, des réductions de mobilité, ou répondent tout simplement à un besoin de contact humain.

Les thérapies manuelles, telle que l’ostéopathie, sont donc appelées à participer à cette prise en charge globale de la personne en fin de vie.

Les thérapies manuelles peuvent soulager les patients en fin de vie

 

Thérapie manuelle et accompagnement de fin de vie

L’ostéopathe, comme le kinésithérapeute ou l’acupuncteur, peut être sollicité afin d’augmenter la qualité de vie du patient. Son apport peut être de deux ordres : une dimension thérapeutique où l’ostéopathie peut agir sur les symptômes gênants et, une dimension humaine de réinvestissement, peut être pour la dernière fois, du corps de la personne en fin de vie.

Apport médical

En tant que thérapie holiste, appréhendant les mécanismes vitaux dans leur interdépendance, l’ostéopathie peut agir sur différentes parties du corps afin de soulager certains états de pression, d’inconfort et afin de diminuer, plus ou moins temporairement, les douleurs physiques associées aux maladies graves dont souffrent les patients.

La thérapie manuelle va pouvoir agir sur quatre plans :

  • plan thoracique ;
  • plan crânien ;
  • plan digestif ;
  • plan articulaire

Ces quatre domaines regroupent l’essentiel des symptômes lourds liés à la fin de vie. Pour la gestion de la douleur, l’ostéopathe va travailler sur les quatre plans, en fonction du type de douleur et de sa localisation.

Par exemple, sur le plan thoracique et en considération de l’idée qu’en agissant sur la structure on peut optimiser la fonction, le traitement manuel peut permettre de redonner un certain degré de mobilité respiratoire, là où le patient était en grande souffrance à chaque inspiration, ayant souvent l’impression de suffoquer. Cette intervention peut présenter un intérêt dans le cas de pathologies respiratoires lourdes, en travaillant à la réouverture de la cage thoracique et à l’optimisation de la mobilité du diaphragme.

Le plan crânien est intéressant pour soulager temporairement les douleurs intracrâniennes, souvent fréquentes chez ces patients, en détendant la base du crâne et en travaillant légèrement sur les cervicales. Les douleurs et inconforts digestifs font aussi partie des symptômes de fin de vie très fréquents, parfois liés aux effets secondaires des traitements de long terme. Ici, l’ostéopathe va aussi travailler sur la mobilité (motilité) des organes digestifs, ainsi que sur la cage thoracique, la respiration pouvant influencer l’efficacité du transit.

Enfin, sur le plan articulaire l’ostéopathe doit faire attention à ne pas manipuler en profondeur un patient dont, bien souvent, les articulations sont fragilisées par le temps ou/et par la maladie. Il peut donc travailler sur les ligaments, le soulagement musculaire, s’orienter vers des techniques douces et non invasives.

 

Apport du toucher dans la fin de vie

Le second intérêt de l’ostéopathie dans la prise en charge globale d’une personne en fin de vie est de lui apporter une dimension relationnelle que la médecine conventionnelle ne va pas toujours proposer. En effet, si le praticien allopathe investi humainement la personne en fin de vie par le discours et les activités quotidiennes qui lui sont proposées en fonction de son état, et si parfois il y a un contact physique tel qu’une caresse sur le front ou le toucher de la main à la main, souvent pourtant, le corps du patient reste privé d’un investissement global.

L’ostéopathie, en alliant travail sur le confort dans la fin de vie et besoin spécifique du patient, peut, par la manipulation, apporter une gestion plus large d’un mal être global, ou encore, aider à atténuer des angoisses profondes, liées à cette sensation que le corps s’échappe et nous échappe.

La main est souvent considérée comme un outil thérapeutique fort apprécié dans sa dimension humaine et relationnelle. Intermédiaire entre les corps, la main réinscrit le patient dans une sphère de décompression vis à vis de sa réalité pathologique et de la souffrance née de l’annonce de la mort, souvent perçue comme brutale et injuste.

La douceur des techniques utilisées dans ces services, en respect des demandes concrètes des patients et de leur état, permet parfois un apaisement de l’angoisse générale éprouvée par une personne qui n’est ni disposée à souffrir, ni disposer à partir.

L'ostéopathie est souvent recommandée pour aider les patients en fin de vie à retrouver un quotidien plus serein

 

Author Info
Isabelle Gallois

Isabelle Gallois

Spécialisée en philosophie de la médecine, je propose un contenu en éthique médicale, en épistémologie, ainsi qu'une approche sociologique des problématiques de santé et de la diversité des conceptions du normal et du pathologique. Je suis particulièrement intéressée par l'émergence de nouvelles médecines et par la question de la complémentarité disciplinaire.

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