patrimoine génétique

Comme la journée du patrimoine le montre, le patrimoine est une notion importante, partie intégrante de notre culture.

S’il semble évident d’associer à cette notion des biens matériels (meubles et immeubles) et certains biens immatériels tels que des valeurs ou des rites communs, il n’en est pas de même du corps.

Et en effet, qu’est-ce que le corps et le patrimoine ont en commun? ou plutôt en quel sens peut-on parler d’une dimension patrimoniale du corps?

Nous proposons dans cet article de montrer en quoi le corps possède une dimension patrimoniale, aussi bien d’un point de vue personnel que collectif.

 

Notion de patrimoine

Il existe différents sens du terme patrimoine. D’un point de vue culturel, le patrimoine est l’ensemble des éléments matériels et immatériels transmissibles ayant permis la constitution d’une société ou d’une communauté à part entière. Le patrimoine s’apparente ici au support identitaire d’une société ou d’une communauté, le socle sans lequel une société ne saurait perdurer et qui se transmet de génération en génération. Cette notion va alors recouper le langage, la culture, les rites, les monuments, la littérature, les œuvres d’art, mais aussi des pratiques d’usage du corps et d’expression corporelle, etc.

D’un point de vue juridique, le patrimoine est défini comme l’héritage matériel et immatériel que transmettent des parents à leurs enfants, ils s’agit de biens appropriés et aliénables.

 

C’est le sens culturel du terme patrimoine qui nous intéresse ici. En effet, juridiquement, en France, le corps est indisponible et il ne peut être patrimonialisé.

 

 

Le corps support culturel

Indépendamment de sa réalité biologique et médicale, le corps peut se voir attribuer une place dans l’héritage d’un peuple ou d’une société en tant que support artistique et martial. Dans bien des cultures, le corps est un objet patrimoniale puisqu’il sert de canal permanent à l’art à travers notamment la danse, mais aussi le théâtre et le cinéma où la dimension corporelle imprègne le spectateur.

Les arts martiaux sont un autre exemple du caractère patrimonial du corps. Celui-ci est parfois le seul témoin graphique que nous ayons, à travers le temps, de certaines pratiques martiales. Seules les gravures et dessins conservés des corps en mouvement nous permettent d’avoir une idée de cette partie de notre héritage.

Les corps gravés, les corps peints, les corps décris traduisent une dimension historique et culturelle forte.

Une autre pratique culturelle exprime l’appartenance patrimoniale du corps. En effet, le tatouage est partie intégrante de certaines sociétés. Le corps devient ici l’expression d’une appartenance sociale et reprend bien souvent des schémas ancestraux, transmis de génération en génération, expression d’un patrimoine culturel spécifique.

Mais les arts ne sont pas les seuls à avoir investi le corps comme support privilégié d’un héritage culturel. Le savoir scientifique ainsi que l’image sociale actuelle du corps marquent aussi cette appartenance au patrimoine.

patrimoine corps humain

Corps historique et patrimoine

Le patrimoine génétique

Nous l’avons vu, la notion de patrimoine est souvent associée à celle d’héritage. Or cette notion n’est pas sans écho en biologie et en médecine.

 Le corps peut être perçu comme le support d’un patrimoine individuel. En effet, nous possédons tous un patrimoine génétique propre. Ce patrimoine regroupe les informations qui vont permettre l’élaboration d’un organisme spécifique à partir d’un héritage : celui de ses parents, de ses aïeux et donc, de son espèce. En ce sens le corps possède bien une dimension patrimoniale, même si celle-ci est appréciable individuellement. Le corps est ici l’expression d’une appartenance biologique et joue donc un rôle identitaire fort.

Mais le corps est aussi le support d’une histoire.

 

L’expression d’un vécu

Il existe un sens plus intime du patrimoine que représente le corps : là où les maladies, les altérations, la douleur et la souffrance se manifestent, une histoire se déploie, créant un corps patrimoine. Il devient ici un espace historique.

La médecine nous apprend que l’histoire de notre corps renferme notre patrimoine biologique passé, présent et à venir. Tel un monument historique traversé par les affres du temps, le corps raconte en permanence. Des cicatrices faisant offices de fissures dans les murs, des difficultés et douleurs articulaires traduisant la rouille d’un système, des parasites et infections combattus tel le lierre fissurant la pierre, le corps retrace les sentiers empruntés au cours d’une vie. De ce point de vue il est patrimoine intime et renferme un discours transmissible sur la vie.

De plus, les réalités pathologiques, la place de la médecine et des pratiques médicales dans nos sociétés contemporaines manifestent aussi ce caractère patrimonial.

 

Le capital santé

Parmi les transmissions contemporaines, la nécessité de prendre soin de son corps, en reconnaissant indirectement l’existence d’un patrimoine biologique et médical, est omniprésente.

Le corps, qu’il faut prévenir des maladies, des altérations, des dysfonctionnements, est investi de toute part par le discours médical préventif. C’est parce qu’il est notre patrimoine passé, présent et à venir, que le corps doit être conservé comme on conserverait un monument historique. Cette idée que le corps possède une place dans notre patrimoine peut expliquer l’obsession sociale pour la conservation de sa santé et de son aspect à travers las âges.

Apparat d’une culture, il se doit d’être exhibé dans sa meilleure forme, sous son plus bel aspect. Comme nous l’avons vu, dans certaines sociétés le corps tatoué est l’expression d’une appartenance et d’une histoire, dans d’autres encore la musculature saillante traduit la force et la beauté d’un peuple.

 

En passant par cette idée de capital santé, on conçoit à quel point le corps peut être investi par la culture et devenir un objet culturel à part entière. Pour certains sociologues, la moindre de nos mimiques, de nos démarches, de nos pratiques corporelles (rasage, maquillage, coiffures etc) sont le résultat d’un conditionnement social inconscient. Le corps devient ici avant tout symbolique culturelle et lieu de condensation des héritages. En ce sens, notre corps fait partie de notre patrimoine.

 

Author Info
Isabelle Gallois

Isabelle Gallois

Spécialisée en philosophie de la médecine, je propose un contenu en éthique médicale, en épistémologie, ainsi qu'une approche sociologique des problématiques de santé et de la diversité des conceptions du normal et du pathologique. Je suis particulièrement intéressée par l'émergence de nouvelles médecines et par la question de la complémentarité disciplinaire.

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